Khadafi soutient la révolution des Tunisiens et dénonce des « ingérences »

Le dirigeant libyen Mouammar Khadafi a exprimé son soutien à la révolution du peuple tunisien mais a dit craindre qu’elle ne soit détournée par des ingérences « étrangères », dans une interview diffusée mardi soir par la chaîne privée tunisienne Nesma TV.

« On ne peut pas être contre la volonté du peuple tunisien. Nous sommes avec le peuple tunisien »,

a déclaré le leader libyen, rectifiant sa position initiale de soutien au président déchu Zine El Abidine Ben Ali, qui avait été très critiquée en Tunisie.

« Si le peuple a déclenché la révolution, il doit se gouverner lui-même. Je ne peux que soutenir cette orientation, si elle s’achemine vers le pouvoir des masses »,

a ajouté le Guide de la Révolution libyenne dont le discours était parfois confus et décousu.

« Ce qui se passe en Tunisie est d’un intérêt prioritaire pour la Libye. Mais j’ai peur que la révolution du peuple tunisien ne lui soit volée. Il y a des manoeuvres à l’intérieur et de la part d’intérêts étrangers », a-t-il mis en garde.

Cet entretien a été enregistré dimanche, avant la visite à Tunis lundi et mardi du sous-secrétaire d’Etat américain Jeffrey Feltman, qui s’est entretenu avec les autorités provisoires, avant de se rendre mercredi à Paris pour évoquer la situation tunisienne avec le gouvernement français.

Ses propos ont radicalement tranché avec ceux qu’il avait prononcés le 15 janvier, au lendemain de la fuite en Arabie Saoudite de M. Ben Ali lorsqu’il avait déclaré que ce dernier était « toujours le président légal de la Tunisie » et que son départ était « une grande perte » pour les Tunisiens.

En Tunisie voisine, ces propos avait suscité rejet et des craintes de destabilisation orchestrées depuis Tripoli.

« Les révolutionnaires en Tunisie ont intérêt à m’écouter, moi qui suis un révolutionnaire », a-t-il lancé, estimant que « ce qui s’est passé en Tunisie, c’est un passage du régime républicain au régime du pouvoir des masses », ainsi qu’il définit son propre régime.

Le leader libyen, qui est apparu en costume blanc et lunettes de soleil a défendu les acquis laïcs de la Tunisie, en particulier le statut avancé de la femme qui interdit notamment la polygamie et n’autorise le mariage que par consentement mutuel.

« La femme tunisienne s’est libérée. Je ne pense pas qu’elle accepterait d’être soumise aux islamistes (tunisiens du mouvement interdit) d’Ennahdha, je ne pense pas que la Tunisie reviendra en arrière », a-t-il dit.

« Je ne défends pas la famille Trabelsi », s’est encore défendu Mouammar Khadafi, se référant à la famille de l’épouse de l’ex-président Ben Ali, honnie en Tunisie pour avoir mis le pays en coupe réglée.

« Rien n’empêche les Libyens d’investir à l’avenir en Tunisie, à condition que la situation y soit stable », a-t-il souligné.

Mouammar-Khadafi

(©AFP / 25 janvier 2011 22h08)

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