Au Quebec aussi


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Les Tunisiens de Québec avaient le coeur à la fête après le soulèvement réussi en Tunisie. Même si les émeutes et les manifestations des dernières semaines ont donné lieu à de la répression sanglante, bon nombre de membres de la communauté tunisienne étaient ravis de voir un vent de démocratie souffler sur leur terre natale.

«C’est important pour nous, d’être là aujourd’hui, parce que c’est pour la liberté, pour tout le peuple tunisien. Ça fait longtemps qu’on attend un jour comme ça. Ça fait presque 24 ans qu’on attend un jour comme ça. C’est le peuple qui a voulu ce changement, et on croit bien à la liberté, et on s’attend à ce que la Tunisie demeure libre», a lancé Hamza Hani, samedi après-midi.

200 manifestants

Partis du Centre Lucien-Borne, environ 200 manifestants ont déambulé dans la rue Saint-Jean pour atteindre la place D’Youville. Une manifestation pacifique où les slogans et les revendications ne laissaient toutefois aucun doute sur le ressentiment des Tunisiens envers Ben Ali, un chef d’État autoritaire qui n’a jamais toléré la liberté de presse et le pluralisme politique.

«Dictature finie, Tunisie unie»

«Dictature finie, Tunisie unie», pouvait-on lire sur les nombreuses pancartes des manifestants. «Peuples arabes, faites comme nous et levez-vous!» soutenait une autre, en référence au fait que le peuple tunisien est le premier du monde arabe à obtenir la démission de son chef d’État en raison de la grogne de la rue.

Des citoyens originaires du Québec ont également manifesté leur appui à la communauté tunisienne lors de la marche d’hier. «Je suis très contente pour eux, très émue. J’ai pleuré quand j’ai su que Ben Ali était parti. Ce n’étaient pas des révolutionnaires, ils devaient faire attention à ce qu’ils disaient. Ils en parlaient depuis des années», a expliqué Chantal Duplain, qui s’est liée d’amitié avec de nombreux Tunisiens à l’université.

Entre espoir et inquiétude

Partagé entre l’espoir et l’inquiétude, Moez Balti entend suivre attentivement les développements des prochains jours dans cette région du Maghreb. «On s’est débarrassés d’un pouvoir qui était là pendant 23 ans. Une dictature horrible, avec un système très corrompu. Et maintenant, on est vers un changement qui peut porter fruit. Mais ma crainte personnellement, c’est que ceux qui sont en train de préparer les élections et de faire un gouvernement de transition, ce sont des membres de l’ancien régime.»

Ce résidant du Vieux-Québec souhaitait depuis fort longtemps une révolte en Tunisie. «Je rentre plusieurs fois en Tunisie, et à chaque occasion, je remarque une répression. Les gens n’ont pas de travail, on n’a même pas le droit de parler de politique, de rien faire. Les gens attendaient juste quelque chose. Le gars qui s’est fait brûler, c’était la chose qui a donné ce qui est arrivé aujourd’hui.»

Fin décembre, un homme s’est immolé à Sidi Bouzid, capitale agricole située au coeur de la Tunisie, avant de décéder le 4 janvier. Son geste a déclenché une vague de contestation et de manifestations à travers le pays.

À Montréal et à Ottawa

Les communautés tunisiennes ont tenu deux autres manifestations samedi après-midi, à Montréal et à Ottawa, en face du parlement. Les manifestants veulent que le gouvernement canadien exige des autorités tunisiennes l’établissement d’un dialogue social respectueux, et la fin des violations des droits humains.

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