La récession mondiale frappe d’abord les femmes

Mortalité infantile accrue,déscolarisation et augmentation du travail des enfants, perte d’emploiet baisse de l’envoi de fonds au pays d’origine, ces plaies s’abattentune à une sur les filles et les jeunes femmes, victimes à grandeéchelle de la récession mondiale. L’ONG Plan international, qui – outresa propre enquête – a compilé un grand nombre d’études internationales,en dresse un tableau complet dans un rapport intitulé « La Situation desfilles dans le monde 2009, l’heure des comptes », publié mi-octobre. Enforme de plaidoyer, ce document pointe également du doigt le manque àgagner pour les Etats en cas de renoncement aux objectifs descolarisation et d’intégration des jeunes filles dans le monde dutravail.

Les discriminations envers les filles commencent dès les premièresannées de la vie (et même avant, si l’on prend en compte le « foeticide »des filles). D’ores et déjà, la Banque mondiale a identifié 58 paysdans lesquels la crise pourrait déboucher sur un accroissement de lamortalité infantile atteignant 400 000 décès par an, en majorité despetites filles.

La crise menace aussi les progrès de la scolarisation des filles. « Aucours des vingt dernières années, le pourcentage des enfants n’ayantjamais fréquenté l’école est tombé de 21 % à 11 % pour les garçons de10 à 14 ans, et de 39 % à 18 % pour les filles », rappelle lerapport. Faute de moyens pour payer l’école ou poussées par un besoind’aide dans les tâches domestiques, nombre de filles risquent des’éloigner du tableau noir.

De plus, les effectifs féminins ontaugmenté davantage que ceux des garçons entre 2000 et 2006 à l’écoleprimaire, les filles parviennent difficilement à passer le cap del’enseignement secondaire (43 % d’entre elles seulement y accèdent dansles pays en développement). Or plusieurs études ont montré qu’unminimum de dix années de scolarisation est nécessaire pour « rentabiliser les avantages de l’éducation au sens économique », indique Plan international.

Pour la jeune femme elle-même, la poursuite d’études a une incidence très concrète : « Cellesqui ont fréquenté l’enseignement secondaire gagnent 2 000 dollars deplus que celles qui se sont arrêtées à l’école primaire », note encore le rapport, s’appuyant sur des données de la Banque mondiale.

Enles déscolarisant, la crise renvoie surtout les enfants au travail,formel ou informel. Le phénomène avait pourtant décru ces dernièresannées, selon l’Organisation internationale du travail (OIT). Pas moinsde 218 millions d’enfants âgés de 5 à 17 ans – soit un sur sept -travaillent aujourd’hui, principalement dans l’économie informelle.

Autre fléau aggravé par les crises : la prostitution. « Lesusines ferment partout et, maintenant, les femmes sont abordées par destrafiquants sexuels qui leur demandent si elles veulent allertravailler en Occident », déclare Jitra Kotchadet, responsable syndicale en Thaïlande, citée par Plan international.

Maisc’est sur l’emploi des femmes que la récession se fait d’ores et déjàsentir. Rappelant les conséquences désastreuses des crises récentes -en Asie en 1997, en Argentine en 2001, ou l’éclatement de la bulleInternet la même année aux Etats-Unis – sur la main-d’oeuvre féminine,le rapport pointe les premiers effets de la crise actuelle.

Selonl’OIT, 22 millions de femmes pourraient perdre leur emploi dans lemonde en 2009, le taux de chômage augmentant plus vite pour les femmesque chez les hommes. L’OIT souligne qu’entre 50 % et 55 % des salariéesoccupent des emplois considérés comme « vulnérables » (par le salaire oule statut) contre 47 % à 52 % des hommes.

Dans les paysémergents, où le marché du travail s’est fortement féminisé à la faveurde la mondialisation, notamment dans les services, dans la santé oudans l’habillement, l’impact est déjà énorme. « Dans le secteurformel, et notamment dans les secteurs destinés à l’exportation, où 75% à 80 % de la main-d’oeuvre est féminine, 7 travailleurs licenciés sur10 à cause de la crise financière sont des femmes », souligne l’Alliance nationale des femmes des Philippines, citée par Plan international.

En Afrique, selon Ritu Sharma, présidente de Women ThriveWorldwide, coalition d’une cinquantaine d’associations américaines,cent mille emplois de l’industrie textile – dont 90 % sont occupés pardes femmes pauvres – sont menacés. A contrario, aux Etats-Unis, lesfemmes, employées en grand nombre dans les secteurs de l’éducation etde la santé, seraient plus protégées du chômage.

Ceslicenciements massifs peuvent avoir des conséquences dramatiques quandl’emploi s’exerçait hors des frontières nationales. Les femmesreprésentant « au moins la moitié de la population des migrants internationaux »,selon un rapport du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA),ces pertes d’emploi entraînent une baisse des envois de fonds auxfamilles restées au pays.

En 2009, la Banque mondiale a prévu undéclin de 7,3 % de ces flux financiers, évalués en 2007 à 14,5milliards de dollars (9,7 milliards d’euros).

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