Le Parlement tunisien appelé à permettre au président intérimaire, Foued Mebazaa, de gouverner sans lui

Le Premier ministre tunisien, Mohamed Ghannouchi a appelé lundi les députés, réunis pour la première fois depuis la chute de Ben Ali, à adopter une loi permettant au président intérimaire, Foued Mebazaa, de gouverner par décrets-lois et de contourner ainsi un Parlement dominé par l’ex-parti au pouvoir.

« Ce projet de loi va permettre au président intérimaire (Foued Mebazaa) de prendre des décrets-lois, conformément à l’article 28 de la Constitution »

a déclaré Mohammed Ghannouchi devant les députés réunis en session plénière au palais du Bardo, siège du Parlement tunisien.

« Le temps est précieux. Ces décrets-lois, la Tunisie en a vraiment besoin pour écarter les dangers » qui menacent les acquis de la révolution populaire

a martelé le Premier ministre.

parlement tunisien
parlement tunisien

« La Tunisie est confrontée à des dangers. Il y a des personnes qui veulent faire revenir la Tunisie en arrière mais nous devons honorer nos martyrs qui se sont battus pour la liberté »

a-t-il insisté, appelant les 125 députés présents (sur 214 élus) à adopter le texte qui devrait passer mercredi devant la Chambre des conseillers (Sénat).

Les députés devaient se prononcer dans la journée sur ce « projet de loi portant habilitation du président de la République par intérim à prendre des décrets-lois », selon l’ordre du jour unique de la session.

A l’extérieur du palais du Bardo, des centaines de manifestants se sont regroupés pour réclamer la « dissolution du Parlement », dominé à 80% par le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), l’ex-parti au pouvoir sous Zine El Abidine Ben Ali.

« Non à ce parlement qui ne représente plus le peuple », scandaient les manifestants.

« La révolution du 14 janvier a aboli tous les organes constitutionnels de l’ancien régime, dont le parlement. Nous voulons une assemblée constituante, qui sera chargée d’élaborer une nouvelle constitution et d’adopter les lois nécessaires à la transition »

a déclaré à l’AFP Rachida Ennaïfer, professeur de droit à Tunis.

Dimanche soir, sous la pression de la rue, le gouvernement a annoncé la « suspension » du RCD, avant une dissolution prochaine par la justice.

Pour des députés interrogés par l’AFP, cela ne devrait pas empêcher les élus du RCD de voter.

« La constitution stipule que +chaque député est le représentant de la nation entière+ (article 25), ce qui veut dire que les députés du RCD restent députés et représentants du peuple même s’ils ne sont plus RCD ou si le RCD est suspendu », a expliqué Hicham Hajji, un député du Parti de l’union populaire (PUP, opposition sous Ben Ali).

Mais le vote, attendu dans la soirée, « ne se fera pas sans débats », a-t-il ajouté, affirmant que l’atmosphère était « très tendue » dans l’hémicycle.

« Il y a des députés, y compris au RCD, qui réclament carrément la dissolution du parlement. D’autres qui ne veulent pas donner les pleins pouvoir au président intérimaire, d’autres encore qui craignent de perdre leur immunité » parlementaire,

a-t-il détaillé.

Le RCD occupe 161 des 214 sièges de l’Assemblée nationale.

parlement tunisien
parlement tunisien

AFP / Romandie.com

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *